Leïla Slimani

Retour sur le Talk Women in Motion de Leïla Slimani, venue partager son regard sur le féminisme et la place des femmes dans les domaines de la littérature et de la culture aux Rencontres 7e Art Lausanne. 

À l’occasion d’un Talk Women in Motion organisé par Kering aux Rencontres 7e art Lausanne, Leïla Slimani, journaliste et écrivaine, s’est exprimée sur la question du féminisme, du rôle des femmes dans la littérature et, plus largement, dans la culture.

Leïla Slimani a d’abord évoqué son expérience du féminisme : « Je suis une féministe, toutes générations confondues. J’ai grandi au Maroc, où il y a un retour, disons, de « tendance » du féminisme, alors qu’il y a peut-être dix ans, c’était moins à la mode de se dire féministe. Etre féministe c’était un combat que beaucoup de femmes ont payé de leur vie dans les pays arabo-musulmans. Donc, je l’ai toujours été parce que finalement mon avenir en dépendait ; l’avenir de mes enfants, ma vie en dépendaient : le droit d’avorter, le droit d’hériter, le droit d’aller à l’école sont des droits fondamentaux. Et pour lesquels on se bat encore. » 
Elle a confronté cette vision à son statut d’écrivaine : « Et j’ai compris que ce n’était pas aussi simple ; que devenir une femme libre c’était aussi renoncer à pas mal de choses, c’était être capable de faire des sacrifices. Et puis c’était être capable, je pense aussi, de décevoir. Moi, en devenant écrivaine, je suis aussi devenue une femme un peu égoïste. Être une femme libre, c’est accepter le fait de décevoir. Et je dois dire que je crois que ça reste très difficile d’être une femme écrivain. Parce que je crois que c’est très difficile, aujourd'hui encore, d’assumer devant ses enfants, sa famille, les gens, cet égoïsme qui est inhérent au travail d’écriture. »
Leïla Slimani a également abordé l’importance de l’exemplarité : « L’un des enjeux d’être une femme et d’être féministe, c’est aussi l’incarnation, parce qu’on a besoin de modèles, on a besoin de se dire que c’est possible. Ça m’est arrivé, par exemple, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, quand je fais des rencontres, de voir des jeunes filles qui me disent : « Si je fais comme vous, je vais trop perdre : je vais perdre un peu de mon honneur, ma famille va se fâcher avec moi, les gens ne vont pas comprendre, je vais me faire attaquer – et donc je ne ferai jamais ça, je ne prendrai jamais la plume, parce que j’ai trop peur ».  Et là, on se dit, oui, cette idée de modèle, cette idée d’incarner quelque chose, et de dire : « Tu sais, la route est ouverte, tu peux y aller, il n’y a pas de problème, je n’ai pas tout perdu ; et mon honneur, ma réputation, tout ça va très bien, tu peux y aller, parce que tu vas gagner aussi beaucoup, ça en vaut la peine. Et ça, c’est incroyable. »
Pour conclure, elle a affirmé : « Le féminisme, à mon avis, ne doit pas être simplement la revendication d’avoir, comme les hommes, du pouvoir d’être comme les hommes, en haut de ce système capitaliste. Pour moi, le féminisme doit être révolutionnaire, et doit tout simplement refuser ce système. Mon but en tant que féministe, ce n’est pas de devenir comme un homme, patron d’une boîte, où je vais exploiter des gens et fumer des cigares. Ce n’est pas ça, pour moi, le féminisme. Le féminisme, c’est refuser que ce système - qui crée de l’inégalité, qui crée de l’indignité, en fonction de sa race, de son genre, de son choix sexuel, que cela existe, et il faut faire très attention pour qu’aujourd'hui, le féminisme ne se dévoie pas, et ne se contente pas d’être des slogans pour vendre de t-shirt, des films et du rouge à lèvres. Le féminisme, ce n’est pas ça. Le féminisme, c’est la conscience qu’on doit toutes avoir en nous de cette inégalité. Nous, les femmes, de par notre Histoire, de par nos ancêtres, on est d’autant plus sensibles à ces inégalités. Il ne faut pas oublier ça, il ne faut pas simplement vouloir se substituer aux hommes et vivre finalement le même destin. Il faut changer ce destin. »

 
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Leïla Slimani est une journaliste et écrivaine franco-marocaine. Elle a publié deux romans aux Éditions Gallimard : Dans le jardin de l’ogre, et Chanson douce, pour lequel elle a obtenu le Prix Goncourt (2016). Elle est la douzième femme à avoir remporté ce dernier. Elle est également l’autrice d’une bande-dessinée, Paroles d’honneur, et d’un essai, Sexe et mensonges, parus aux éditions Les Arènes.  À travers son œuvre, elle défend les droits de la femme en abordant, notamment, la sexualité féminine. En 2017, elle devient la Représentante personnelle du Président de la République pour la francophonie.


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